Dossier méthodes papier
Cet article a pour objectif de vous guider dans le choix d’une méthode d’apprentissage papier. J’ai sélectionné ici les méthodes dites « académiques », c’est-à-dire celles qui sont principalement utilisées en LV3 japonais, à l’université, dans les écoles de langue et associations proposant des cours de japonais. J’ai pris la décision d’exclure de cet article certains ouvrages qui sont également des manuels mais ne constituent pas selon moi des méthodes à proprement parler (le Manekineko, le japonais comme au Japon, etc) puisqu’ils ne proposent pas (entre autres) de niveaux ou d’exercices dédiés à la compréhension orale. Vous trouverez des articles qui leur sont dédiés.
Minna no Nihongo
C’est en général la première méthode à laquelle on pense quand on parle de l’apprentissage du japonais et c’est en partie parce que c’est celle qui est encore aujourd’hui la plus largement utilisée dans les lycées et universités proposant des cours de japonais. Il s’agit également de la première méthode destinée aux apprenants non-natifs qui a vu le jour, en 1998. Malgré son efficacité, elle connaît aujourd’hui beaucoup de détracteurs. Replaçons-nous dans le contexte de l’année de sa première parution : en 1998, les manga ne sont pas encore aussi largement diffusés dans nos librairies qu’aujourd’hui, les premiers anime sont déjà diffusés sur nos écrans mais ils connaissent une avalanche de critiques (10 ans plus tôt, Ségolène Royal menait une croisade contre les anime qu’elle jugeait alors trop violents). Les apprenants de la langue japonaise étaient majoritairement des adultes et avec le développement économique et la mondialisation, de grandes entreprises japonaises venaient s’installer en Europe et aux Etats-Unis (Canon, etc). Le choix a donc été fait de placer les personnages du manuel dans un contexte professionnel : M. Miller, M. Santos et d’autres encore sont des expatriés d’Asie, d’Amérique du Sud et des Etats-Unis travaillant et vivant au Japon. Et c’est là la principale cause des critiques que l’on peut rencontrer à l’égard de cette méthode : un vocabulaire spécifique au monde professionnel, des illustrations vieillottes, des expressions désuètes, une histoire peu passionnante, etc.
Rentrons maintenant dans les détails de son contenu. D’abord, quand on parle du Minna no Nihongo, il faut garder à l’esprit qu’il ne s’agit pas seulement d’un manuel (le 本冊 honsatsu qui est le plus souvent le seul à être cité et commenté…) mais d’une méthode comportant plusieurs ouvrages. On a deux niveaux (初級 shokyû débutant de couleur rose ou rouge selon l’édition et 中級 chukyû intermédiaire de couleur verte ou bleue selon l’édition), 25 leçons dans chaque niveau, ce qui nous fait au total de 50 leçons qui nous amènent à un niveau de langue intermédiaire correspondant à un B1, voire B2. Les leçons sont plus légères en contenu que le Dekiru, ce qui permet une progression plus lente mais plus approfondie. Chacun des 2 niveaux comprend :
- Le 本冊 honsatsu : c’est le manuel principal, le support de cours pour les élèves. Chaque leçon débute par des phrases clés et des phrases d’exemples (question/réponse), puis un dialogue et deux pages d’exercices. Les exercices sont basés par la répétition de phrases, il n’y a pas de consignes mais une phrase exemple nous permet de savoir ce qui est demandé. S’ensuivent un à quatre exercices oraux signalés par le dessin d’une cassette et comprenant en général un maru/batsu (vrai/faux) et des questions libres. Puis d’autres exercices, moins basés sur la répétition mais plus sur la compréhension grammaticale avec, pour finir, un court texte et des questions de compréhension écrite. Toutes les 6 leçons environ, le manuel nous propose des révisions (復習 fukushû) pour revoir tous les points de grammaire abordés. Le manuel est accompagné des CD des exercices oraux.
- Les traductions et notes grammaticales (翻訳 ・文法開設) : c’est le deuxième ouvrage le plus important après le honsatsu, particulièrement si vous apprenez en autodidacte puisque c’est dans ce dernier que vous trouverez non seulement les traductions du vocabulaire, des phrases exemples, phrases clés et du dialogue en début de chaque leçon du honsatsu mais surtout des explications grammaticales. Pour chaque leçon, du vocabulaire complémentaire et thématique est présenté (sur les aliments, sur les lieux en ville, etc), ce qui peut s’avérer enrichissant. C’est aussi au début de cet ouvrage que vous trouverez une brève introduction vous présentant les différents systèmes d’écriture japonais (hiragana, katakana et kanji) et vous présentant certaines généralités sur la grammaire japonaise et sur la prononciation. A la fin de l’ouvrage, vous trouverez des annexes très utiles sur les numéraux, les suffixes numéraux, les expressions de temps et de durée et sur les verbes et leurs différentes formes.
- Le 聴解 chôkai : des exercices illustrés de compréhension orale, que je recommande fortement pour compléter le peu d’exercices oraux présents dans le honsatsu. Le broché comprend tous les scripts et les corrigés des exercices, ce qui permet d’en faire un usage autodidacte, le CD est bien entendu inclus. Les dialogues mettent en scène des situations de la vie quotidienne au Japon et sont un peu plus intéressants et variés que ceux du honsatsu.
- Le 標準問題集 (hyôjun mondaishû, littéralement « série de questions standard ») : des exercices complémentaires pour chaque leçon, axés sur des points grammaticaux (les particules, les interrogatifs, les verbes) et avec des questions libres.
- Le 文型練習帳 (bunkeirenshûchô, littéralement “cahier d’exercices pour les phrases clés”) : des exercices complémentaires reprenant pour chaque leçon les points grammaticaux abordés et la construction des phrases. Assez similaire à l’ouvrage précédent.
- Le 読めるトピック (Yomeru topikku, littéralement « sujets qu’on peut lire ») : il s’agit d’une compilation de textes. Les premières leçons ne proposent pas de textes car les notions abordées ne sont pas encore suffisantes pour aborder la compréhension écrite par l’étude de textes. On trouvera malgré de courts documents de travail et des exercices. A partir de la leçon 7, est proposé un texte plus ou moins court accompagné de questions de compréhension, une question libre amenant sur la rédaction d’un sakubun sur le sujet dont traitait le texte et parfois des documents complémentaires pour travailler sur du commentaire de texte (sondages, enquêtes, petites annonces, etc). Personnellement, je le trouve enrichissant pour aborder des sujets en dehors du manuel, qui vont porter sur la culture japonaise.
- Deux ouvrages pour les kanji : 漢字 Kanji Study et 漢字練習帳 Kanji workbook, tout deux comprenant divers exercices. Mais malheureusement, le manuel ne reprend pas cet ouvrage en prenant la décision d’effacer progressivement les furigana au dessus des kanji présents dans le honsatsu à mesure qu’ils apparaissent ; il s’agit donc d’un manuel à part entière consacré à l’apprentissage des kanji si toutefois on souhaiterait l’entreprendre.






Complétés par un dernier ouvrage intitulé Yasashii Sakubun couvrant les 50 leçons des 2 niveaux et ayant pour but d’exercer à la compréhension écrite (une compilation de 20 textes sur des sujets variés avec des questions de compréhension) et l’expression écrite (exercice de rédaction sur le sujet abordé dans le texte). Assez similaire au 読めるトピック dans son contenu, si ce n’est qu’il propose beaucoup moins de textes de niveau débutant puisqu’il est demandé dès le deuxième texte d’être arrivé à la leçon 10 du Minna.



C’est donc au total pas moins de 8 ouvrages juste pour le niveau 1 (le double pour aller au niveau 2), ce qui représente forcément un coût conséquent (à 30€ en moyenne le livre, je vous laisse faire le calcul…). Mais ! Déjà, pas besoin de tous vous les procurer, je vous conseille principalement les 3 premières livres cités, ce qui pour commencer, devraient largement vous suffire. Ensuite, l’autre avantage d’être la méthode la plus largement utilisée, c’est qu’elle est du coup assez facile à se procurer, notamment en occasion. Vous trouverez sur le marché deux éditions : l’ancienne et la récente (celle dont les photos ci-dessus sont issues). Je vous rassure tout de suite : il n’y a pas de différence majeure entre les deux éditions, les leçons ont le même contenu, ce sont juste les phrases de début de leçon qui sont différentes dans la nouvelle édition.
Dekiru Nihongo
Comme son concurrent Minna no Nihongo, il est divisé en niveaux, au nombre de 3 cette fois (初級 shokyû débutant de couleur rouge,初中級 shochûkyû débutant-intermédiaire de couleur jaune et 中級 chûkyû intermédiaire de couleur bleue). Les deux premiers niveaux comprennent 15 leçons et en réalité, ils suffisent à atteindre un niveau intermédiaire. Cette méthode sera plus attrayante pour les jeunes apprenants car les personnages du manuel sont des étudiants ou de jeunes actifs qui évoluent dans un contexte scolaire ou privé, ce qui correspond potentiellement plus à l’usage qu’on veut faire aujourd’hui de la langue japonaise. Les dessins sont plus attrayants que ceux du Minna et le vocabulaire est plus large et varié, ce qui est plus exigeant car il y a plus de mots à apprendre dans chaque leçon. Le Dekiru Nihongo comprend lui aussi plusieurs ouvrages :
- Le honsatsu est le manuel principal et le support qui servira aux apprenants lors des cours. Chaque leçon est elle-même divisée en 3 parties ayant pour sujet des thèmes et/ou des points grammaticaux qui lui sont propres. Chaque partie comprend un « challenge » (un audio comprenant de courtes scénettes mettant en scène des dialogues entre les personnages), des exercices いってみよう consistant à reproduire un dialogue à la façon de l’exemple donné mais en remplaçant les éléments soulignés par d’autres représentés par des dessins et un exercice de compréhension orale 聞いてみよう (phrases à trous ou tableau à remplir avec les informations clés). Chaque leçon comprend à sa fin un dialogue, un texte plus ou moins court et une liste des mots de vocabulaire à apprendre (mais sans leur traduction). Sont inclus avec le manuel les trois CD des fichiers audios et un broché avec des exercices complémentaires (別冊 bessatsu).
- Le cahier d’exercice de grammaire (文法ノート bunpô nôto) : des exercices complémentaires axés plutôt sur chaque point grammatical abordés dans les leçons du Honsatsu. Il ne comprend pas d’explications grammaticales, juste des exercices un peu plus variés que dans le manuel principal (QCM, dialogues à écrire, phrases à trous, mots à remettre dans l’ordre, etc). Le dernier exercice de chaque leçon demandera un plus grand effort de réflexion puisqu’il s’agit d’un dialogue à imaginer et d’une rédaction libre. Les corrigés des exercices sont inclus.
- Le cahier d’exercice de vocabulaire (言葉ノート kotoba nôto) : des exercices axés sur le vocabulaire cette fois, chose qui n’existe pas dans la méthode du Minna. Les consignes sont rédigées en japonais et sans professeur pour vous les expliquer en début d’apprentissage, vous ne pourrez pas les comprendre, vous pourrez néanmoins deviner ce que l’exercice attend de vous. Ce cahier peut être pratique pour les apprenants ayant une mémoire visuelle (vous pourrez vous en servir comme d’un livret de vocabulaire joliment illustré) et ayant du mal à assimiler l’importante masse de vocabulaire présente dans les leçons. Les corrigés des exercices sont inclus.
- Un support destiné à l’enseignant comprenant un guide, les scripts des fichiers audios et les réponses aux exercices du Honsatsu et Besatsu



D’autres ouvrages complètent la méthode : Kanji Tamago comprenant deux tomes consacrés à l’apprentissage des kanji (mais comme pour le Minna no Nihongo, son contenu n’est pas appliqué dans le manuel principal puisque tous les kanji y possèdent leur lecture en furigana) et le Tanoshii Yomimono qui est une compilation de textes permettant d’approfondir sa compréhension écrite en abordant divers sujets sur la culture japonaise.



Cependant, je me dois de vous avertir que, contrairement au Minna, cette méthode ne propose aucun support explicatif sur les points de grammaire abordés. C’est selon moi sa plus grande lacune et son plus gros défaut. Impossible donc d’utiliser cette méthode dans un usage autodidacte, elle s’y prête de toute façon mal puisqu’elle comporte beaucoup de dialogues à répéter. On peut également regretter que le manuel ne comprenne pas une introduction nous expliquant et nous présentant les différents systèmes d’écriture japonais.
Aussi, son autre faiblesse réside dans le type d’exercice qu’elle comporte : non seulement les exercices ne sont pas variés puisqu’il s’agit toujours du même, mais en plus le fait de devoir retranscrire un dialogue en n’ayant que des dessins pour le comprendre amène à devoir interpréter le dessin, ce qui nous conduit inévitablement à des flous, des incompréhensions, voire des contre-sens. Et ce n’est pas la qualité des dessins que je remets ici en cause mais le fait même qu’il s’agisse de dessins.
Pour finir, quand j’utilise cette méthode avec mes élèves, j’ai toujours l’impression d’aller trop vite : une forme grammaticale n’est abordée que dans un, voire deux exercices maximum, ce qui fait l’objet d’un cours. Apprendre une forme comme なければなりません qui, en plus d’être longue, peut être difficile à assimiler, en l’espace d’un cours d’une heure, éventuellement une heure et demie, je trouve cela un peu léger et je complète en général par des exercices à faire à la maison et de la conversation.
Le Dekiru a beau comprendre moins de livres (4 contre 8 pour le Minna), ceux-ci sont plus onéreux que ceux du Minna et plus difficiles à se procurer à bas prix. Si vous choisissez cette méthode, je vous conseille principalement les deux premiers ouvrages cités, à savoir le manuel principal et le workbook comprenant les exercices de grammaire.
Genki
Le Genki est la méthode qui comprend le moins d’ouvrages et notre porte-monnaie appréciera d’autant plus qu’il est relativement facile de le trouver en occasion. C’est simple, il comprend un manuel principal et un cahier d’exercices pour chaque niveau proposé (niveau débutant de couleur orange et niveau débutant-intermédiaire de couleur verte) et vous pourrez vous en sortir pour 60€. Le niveau 1 comprend 12 leçons, tandis que le niveau 2 en comprend 11, et il vous fera déjà atteindre un niveau intermédiaire (A2/B1).
Le manuel d’abord ; il est massif (quasiment 400 pages) car il comprend tout : après le sommaire et une introduction nous présentant le but et la structure du manuel, on nous explique de manière concise mais précise, de façon plus approfondie que dans le Minna, les différents systèmes d’écriture japonais et la prononciation de la langue japonaise. Pour chaque leçon, on trouvera un dialogue en japonais et traduit ensuite en anglais, une liste de vocabulaire traduite, des explications grammaticales assez fouillées et complètes, des exercices pratiques (練習 renshû) classés par thème grammatical abordé et des notes culturelles et des expressions utiles qui viennent compléter nos connaissances linguistiques. Un CD est inclus avec le manuel comprenant les audios sauf qu’en réalité, à part le dialogue qui peut être exploité, les autres audios ne sont pas réellement des exercices de compréhension orale : il s’agit du vocabulaire qui est prononcé et des exercices déjà présents dans le manuel qui sont juste lus. Assez peu d’oral donc en ce qui concerne le manuel si ce n’est le dialogue présent à chaque début de leçon. Quant aux exercices, comme dans le Minna, ils sont basés sur la répétition avec un exemple à suivre mais offre un peu plus de variétés et de possibilités de s’écarter du chemin à suivre ; il peut s’agir par exemple d’un début de phrase qu’on peut compléter à notre guise ou de questions que l’on doit poser à un camarade de classe qui pourra alors nous répondre librement, etc. La fin du manuel nous offre des exercices de lecture et d’écriture des kana, puis des kanji, assez variés et ludiques, un lexique japonais-anglais, en plus d’un lexique anglais-japonais, une carte administrative et touristique du Japon avec les différents régions, préfectures et sites d’intérêt et des annexes comprenant des tableaux récapitulatifs des compteurs numéraux et des formes verbales.
Le workbook maintenant : il propose des exercices complémentaires au manuel portant à la fois sur le vocabulaire et sur la grammaire. Il peut s’agir de phrases à traduire, de questions auxquelles répondre, de dialogues à écrire selon les images présentes, etc. Et chose importante, une page pour chaque leçon est consacrée à des exercices de compréhension orale (聞く練習). Le jeu d’acteur par contre n’est pas présent et cela s’en ressent dans les voix et les intonations des personnages parlant dans ces audios… Comme à la fin du manuel, on nous offre encore à la fin de ce workbook des exercices de lecture et d’écriture des kana, puis des kanji, moins variés cependant car il s’agira principalement de recopiage des caractères et d’exercices de traduction.




En réalité, la méthode comprend également un guide pour l’enseignant comprenant tous les scripts des audios et les corrigés des exercices du manuel et du workbook. Mais même en se procurant cet ouvrage, cette méthode restera peu adaptée pour un apprentissage en autodidacte du fait de la nature de beaucoup d’exercices présents dans le manuel. Cette méthode sera donc particulièrement appréciée pour des cours en groupe puisqu’elle propose une bonne variété d’activités pouvant se faire en classe. C’est aussi la seule méthode qui propose les lectures en rômaji, le temps que les apprenants assimilent les 2 syllabaires que sont les kana (hiragana et katakana), sur les 2 premières leçons et c’est un avantage certain. Malheureusement, elle n’existe qu’en anglais et même avec les exercices oraux présents dans le workbook, je trouve que cette méthode manque d’exercices de compréhension orale. Heureusement les activités à faire en groupe, les « pair works » et « class activity », sont nombreuses et compensent cette lacune.
Tableau récapitulatif
| Livres | Minna no Nihongo | Dekiru Nihongo | Genki |
| Prix et accessibilité | 4/5 | 3/5 | 4/5 |
| Attractivité, mise en page | 2/5 | 5/5 | 4/5 |
| Clarté explications grammaticales | 5/5 | Non existantes | 4/5 |
| Type d’apprentissage | Cours collectifs 3/5 Cours particuliers 5/5 Autodidacte 4/5 | Cours collectifs 5/5 Cours particuliers 3/5 Autodidacte 2/5 | Cours collectifs 5/5 Cours particuliers 4/5 Autodidacte 3/5 |
| Progressivité | 5/5 | 3/5 | 2/5 |
| Audio | 4/5 | 5/5 | 2/5 |


