les variations langagières
Les variations langagières sont des phénomènes communs à chaque langue vivante : au cours de l’histoire et de l’évolution de la langue, les locuteurs ont développé des jargons, des argots, des dialectes. Ceux-ci peuvent influer sur plusieurs domaines linguistiques (lexique, grammaire, phonétique, etc) et dépendent des plusieurs critères sociaux et historiques. Voici un tour d’horizon de ces variations langagières dans la langue japonaise avec un focus sur la variation diagénique et les dialectes.
Variations langagières
La variation langagière se manifeste particulièrement dans le lexique : il existera pour exprimer un même concept, plusieurs mots variant selon l’âge, le sexe, le groupe social, le métier, la région du locuteur et même selon la période historique ! Ces variations linguistiques d’origine sociale, géographique ou temporelle sont aussi appelées « lectes ». En voici les principaux :
Le choix d’un mot plutôt qu’un autre peut influer sur l’impression produite par le discours. Par exemple, pour dire le mot « toilettes » en japonais, on voit très tôt au cours de notre apprentissage plusieurs mots, notamment お手洗い otearai et トイレ toire, mais il existe aussi le mot 便所 benjo. De la même manière qu’en français on peut dire WC (cela correspondrait à トイレ), commodités (cela correspondrait à 便所 litt. « lieu pratique ») ou toilettes (cela correspondrait à お手洗い, litt. « se laver les mains »), ces trois mots ne s’utiliseront pas toujours dans le même contexte et produiront un effet différent. Un même locuteur utilisera donc des termes différents selon la personne à qui il s’adresse, selon la relation qu’il entretient avec cette personne, selon la nature de la conversation (privée/publique, degré de politesse, etc) et selon la situation d’élocution.
Dans cet article, j’ai choisi de m’intéresser tout particulièrement à deux variations linguistiques très présentes dans la langue japonaise, à savoir la variation diagénique et le géolecte (dialectes).
Variation diagénique
Même si les différences entre langue masculine et langue féminine ont tendance à s’amenuiser ces dernières années, subsistent une variation importante dans l’utilisation du pronom auto désignatif (la première personne du singulier) et c’est dans ce cadre-ci que cette variation est la plus marquée et la plus manifeste aujourd’hui :
- ぼく et おれ sont utilisés majoritairement par les hommes
- あたし et わたし sont utilisés majoritairement par les femmes
On peut aussi trouver cette variation diagénique dans l’utilisation des particules finales de modalités, même si l’usage a tendance à se dégenrer :
- La particule finale わ wa appartient surtout au langage féminin et se rapproche de よ yo car elle exprime l’affirmation de l’avis du locuteur mais avec beaucoup moins d’intensité et dans une relation plutôt familière. La particule peut être précédée aussi bien d’une forme neutre que d’une forme polie. Cette particule est cependant de moins en moins utilisée.
Exemple : 暑いね。今晩プールに行くわ。Il fait chaud, hein ! J’irai à la piscine ce soir. - La particule finale ぞ zo appartient au langage masculin. Il se rapproche de よ yo car il indique l’affirmation de l’avis du locuteur ou une forte détermination personnelle mais avec encore plus d’intensité que よ. La particule est toujours précédée d’une forme neutre.
Exemple : この酒はうまいぞ。Ce saké est délicieux ! - La particule finale さ sa appartient au langage masculin. Il s’agit d’une simple affirmation, souvent pour refuser d’admettre les propos de son interlocuteur. La particule est toujours précédée d’une forme neutre.
映画は面白かったさ。Le film était super ! (Contrairement à ce que l’interlocuteur pense)
On trouve aussi la variation diagénique dans l’utilisation des interjections : par exemple おい chez les hommes pour interpeler quelqu’un et あら chez les femmes pour marquer la surprise (“Tiens !”)
Par ailleurs, on peut constater que cette variation diagénique est renforcée avec l’âge du locuteur : l’utilisation d’une langue féminine augmente avec l’âge. Plus l’âge des locuteurs est bas, plus la différence entre langage féminin et masculine s’estompe.
Dialectes
Au cours de l’époque féodale, les différentes régions du Japon jouissaient d’une importante autonomie, les cultures régionales ont donc prospéré et ont développé des caractéristiques qui leur étaient propres, notamment en termes de dialecte. À la fin de l’époque féodale (fin de l’ère Edo, 1868), les variations linguistiques étaient telles que deux locuteurs provenant de deux régions éloignées auraient eu du mal à avoir une conversation, même simple. A commencé donc après 1868 un processus de standardisation de la langue et c’est la langue parlée dans les quartiers hauts de Tokyo (dits Yamanote) qui a été choisi pour modèle. Sa diffusion a été rendue possible grâce à l’établissement d’un système scolaire procurant un enseignement commun et elle a été facilité par les médias (journaux d’abord) et les nouvelles technologies de communication (la radio, puis plus tard la télévision). On parlera de langue standard 標準語 hyôjungo (langue officielle reposant sur des normes) ou de langue commune 共通語 kyôtsûgo, pour désigner le parler de Tokyo, compris dans tout l’archipel et utilisé partout.
La langue standard ayant été généralisée, cela a permis à tous d’être compris partout où l’on allait. Mais pour certains, et un peu de la même manière que pour nous en France concernant l’accent du sud qu’on trouve chaleureux ou le patois du nord qu’on trouve convivial, l’utilisation de dialecte communique hospitalité et sympathie, ce qui fait défaut à la langue standard.
Quand on parle de dialecte, on pense forcément au Kansai-ben (l’accent du Kansai). Le Kansai-ben pourrait lui-même être divisé en sous-catégories car il existe des différences, même entre le parler d’Osaka (kawachi-ben) et celui de Kyoto (kyô-kotoba). Mais il en existe encore d’autres : le dialecte du Tôhoku au nord du Japon, les dialectes de Kyûshû dans le sud du Japon ou encore les dialectes de Ryûkyû (archipel au sud du Japon qui a pour île principale Okinawa).

Les dialectes peuvent faire varier la langue sur plusieurs domaines :
- La phonologie : dans le cas du Kansai-ben par exemple, on peut trouver l’affaiblissement de la consonne « s » en « h » (食べません tabemasen deviendra tabemahen)
- L’accent, l’intonation : l’accent du mot 日 (hi, jour) et du mot 火 (hi, feu) diffère selon les régions.
- Le lexique : il existe tout un vocabulaire et des expressions propres au Kansai-ben. Selon les régions, le verbe « exister » (居る, le plus souvent orthographié en hiragana seulement) se dira iru ou oru.
- La grammaire : les verbes prendront des formes différentes. On remarque par exemple pour le cas du Kansai-ben que pour les verbes à la forme négative, le ない se transformera en へん.
Pour les apprenants en japonais, comprendre et maitriser un dialecte local n’est bien entendu pas une priorité mais il faut être conscient que cela existe surtout dans le cas où vous prévoyez de voyager ailleurs qu’à Tokyo, même à Osaka ou Kyôto où certains mots ou expressions pourraient vous surprendre et vous interroger.
En cadeau, pour vous récompenser de m’avoir lu jusqu’ici, voici une vidéo du groupe des mamies d’Osaka, complétement barrées, elles casent par ci par là dans ce clip quelques mots et/ou expressions du Kansai-ben 😉
Sources : Le Précis de Linguistique japonaise, article « Les dialectes japonais » sur Nippon.com et Wikipédia (français et japonais)


