Revue de « Banzaï »
Banzaï se présente comme une méthode d’apprentissage simple et progressive. Les deux auteures, professeures de japonais, proposent dans chaque leçon des explications grammaticales illustrées par des phrases d’exemples suivies d’exercices, d’une fiche de vocabulaire thématique et enfin d’un texte relativement long, en version japonaise puis en version française, pour se confronter à la compréhension écrite tout en s’initiant à la culture japonaise.
L’introduction
Des explications sur les systèmes d’écriture au début de l’ouvrage nous présentent les hiragana, les katakana, les kanji et rômaji ; on retrouve aussi 2 mini-cahiers pour s’entraîner à écrire hiragana et katakana, suivis d’exercices (même si ceux-ci ne consistent que à retranscrire des mots de hiragana à rômaji et inversement…). On voit les hiragana et katakana de manière progressive : d’abord seuls et ensuite avec diacritiques (tenten et maru), en combinaisons, avec voyelle longue et petit tsu. Les combinaisons propres aux katakana pour obtenir des syllabes spécifiques (シェ、ヴィ、ファ etc) sont abordées. On peut juste regretter l’inexactitude de la prononciation de la voyelle u (à prononcer selon le manuel comme un « ou ») dans la partie abordant les règles phonétiques et l’absence de la syllabe づ qui existe pourtant bel et bien… Les explications sur les kanji sont brèves et générales mais cet ouvrage n’inclut pas l’apprentissage de ces derniers. L’introduction à la grammaire est concise mais présente clairement les règles principales qui la différencient de la grammaire française.
Structure des leçons
La progression des notions grammaticales suit globalement celle qu’on rencontre communément dans d’autres manuels mais on peut s’interroger sur certains choix :
- La leçon 10 est particulièrement chargée en terme de contenu puisqu’en plus d’aborder la forme て, on voit la forme た, la forme suspensive des adjectifs et la forme dictionnaire avec les expressions つもりです et はじめる.
- Les expressions formées avec la forme verbale て + verbe de don sont abordées après les expressions formées avec la forme verbale て + verbes ある/おく/みる/しまう/いく/くる
- La forme négative neutre (ない) est abordée relativement tard, de manière très concise et après d’autres notions communément considérées comme plus avancées.
On peut cependant apprécier que certaines notions soient regroupées et abordées dans une même leçon : les relateurs de temps, les expressions avec la forme verbale て+ verbe, les différentes formes du conditionnel ou encore toutes les structures exprimant l’autorisation, l’interdiction, l’obligation, etc.
Contenu des leçons
On peut regretter l’utilisation d’expressions désuètes (では et ではありません à la place de じゃ et じゃないです, Vなければなりません sans aborder les formes plus usuelles, surtout à l’oral, comme なきゃ/なくちゃ), les informations qui ne sont plus d’actualité dans certains textes ou encore des phrases d’exemples qui semblent sortir tout droit d’une autre époque (sur la même page : 料理があまり上手ではないので夫は離婚を要求します Comme je ne suis pas douée en cuisine, mon mari demande le divorce, 一番好きな料理を準備したのに彼は食べませんでした。Bien que je lui ai préparé son plat favori, il ne l’a pas mangé et 彼女はきれいなのに独身です。Bien qu’elle soit jolie, elle est célibataire)
Les explications grammaticales sont concises et claires mais manquent parfois d’exhaustivité ou de précisions : il manque parfois d’explications comparatives sur des structures grammaticales très semblables (différences entre Vたいです et Vたいと思う, entre V-ôと思う et V-ôと思っている, entre Vなければなりません et Vなければいけません, pas de commentaire sur les verbes ichidan qui sont identiques à la forme potentielle et passive). Aussi, on s’interroge forcément sur l’utilisation de certains termes grammaticaux qui ne sont pas généralement d’usage : le premier groupe de verbe est appelé « yodan » à la place de « godan » (le terme godan est le plus pertinent et adéquat car ces verbes varient bien selon les 5 voyelles japonaises), il n’y a pas de distinction nette entre « forme neutre » et « forme dictionnaire » (il existe pourtant bien une différence) et on ne parle pas de l’axe horizontale de la relation interpersonnelle dans le choix des verbes de don.
Les exercices sont nombreux mais ils ne reposent que sur la maitrise de la grammaire et du vocabulaire ; il n’y aucun exercice oral et pas de support audio joint au livre (dans sa première édition). Les exercices sont aussi parfois un peu redondants : cela consiste souvent en de la traduction et de la reformulation de phrases en ajoutant la notion grammaticale abordée.
Les leçons sont numérotées dans le sommaire mais on ne retrouve pas cette numérotation en début de chapitre.
On apprécie les textes à la fin de chaque chapitre, 25 au total donc, abordant divers sujets de la culture japonaise (arts traditionnels, littérature, cinéma, etc). La grammaire et le vocabulaire y sont trop vite difficiles (dès la leçon 4, le texte utilise des tournures et des structures grammaticales non encore abordées dans le livre) mais ils constituent un bon corpus pour tout apprenant d’un niveau intermédiaire qui souhaite se confronter à la compréhension écrite sur des textes longs. Concernant le vocabulaire, la compréhension des textes et des phrases contenues dans les explications grammaticales nécessitent qu’on consulte régulièrement les deux lexiques présents en fin d’ouvrage, dont la présence est aussi appréciée qu’essentielle, et qui présentent les traductions de nombreux mots. Attention cependant à la traduction française qui, sur certains textes (notamment en leçon 4 et 5), n’est pas du tout fidèle au texte en version originale…
Un autre point fort de cet ouvrage, comparativement à d’autres manuels, c’est surtout que le programme contient des notions avancées telles que le passif, le factitif (niveau intermédiaire) et le keigo (niveau avancé).
Aspect esthétique, mise en page
La présentation est assez austère, surtout concernant le vocabulaire présenté en liste de mots. Les illustrations sont peu nombreuses et quand il y a des dessins, on n’a pas l’impression qu’ils sont là pour illustrer le propos des auteures, ils sont comme sortis de leur contexte et il s’agit plus de dessins de BD que d’illustrations de manuel à visée pédagogique : ils sont moins sobres, presque grotesques, on ne comprend pas toujours ce qu’ils représentent et ce qu’on doit en dire lorsqu’ils sont intégrés aux exercices.
Quelques coquilles dans les textes explicatifs en français sont présentes et dans le texte japonais, certains furigana sont plus ou moins décalés aux kanji dont ils mentionnent la lecture, ce qui peut créer confusion et incertitude chez un lecteur moins averti.
Avis global
Je pense que ce livre n’est pas à proprement parler une méthode d’apprentissage; les auteures le précisent elles-mêmes en préambule : « l’acquisition du matériel réuni dans ces pages assure un niveau de lecture et d’écriture qui doit être complété par un travail oral ». En effet, aucun exercice oral n’est présent, ce qui fait du livre plus une grammaire qu’une méthode. C’est d’ailleurs sur la grammaire que se basent principalement les leçons, le vocabulaire ne fait qu’une page par chapitre et c’est en réalité plus l’utilisation de deux lexiques présents en fin d’ouvrage qui permet au lecteur d’acquérir le vocabulaire. Sauf qu’il existe de meilleurs livres de grammaire japonaise (le manuel de japonais de Kunio Kuwae en tête pour son exhaustivité) et ce n’est pas l’intérêt de l’ouvrage selon moi puisque les explications grammaticales présentent aussi quelques défauts… Je le conseillerai donc plutôt comme support de révision, et non comme méthode principale ou livre de grammaire, afin que l’apprenant ait à disposition de nombreux exercices pour pratiquer la grammaire et de nombreux textes afin de s’exercer à la compréhension écrite.
Je précise que cet article s’est basé sur la première édition de l’ouvrage (Banzaï, méthode de japonais, éditions Ellipses, de Nathalie Rouillé et Isabelle Raimbault). La deuxième édition nous propose, elle, des fichiers audio à télécharger mais le contenu n’a pas fondamentalement été modifié puisque le livre fait toujours 400 pages et contient 25 leçons.
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