Pourquoi les kanji ne sont pas des idéogrammes
Je l’entends tout le temps, partout et même des personnes très calées en japonais font cette erreur. Alors, une bonne fois pour toutes, non les kanji ne sont pas des idéogrammes ! Du moins pas tous, très loin de là… Il est grand temps de rendre justice aux kanji et de vous expliquer pourquoi les kanji ne sont pas des idéogrammes.
Pour commencer, qu’est ce qu’un idéogramme ? Ce terme est défini ainsi : signe graphique (dessin, image) qui représente le sens d’un mot (concret ou abstrait). Il ne désigne pas une unité de son mais une (ou plusieurs) unité de sens. Le meilleur exemple d’idéogrammes ce sont peut-être les panneaux de signalisation routière puisqu’ils transmettent un sens au travers d’images.

Bon, déjà on voit que rien qu’avec cette définition, on ne peut pas affirmer qu’un kanji est un idéogramme parce que, je ne sais pas vous, mais personnellement quand je vois par exemple le kanji du chien (犬), ben je ne vois pas du tout un chien… Pourtant, affirmer que les kanji sont des idéogrammes n’est pas une erreur, du moins ce n’était pas une erreur à une certaine époque historique. Je vous explique :
Les sinogrammes sont un type d’écriture apparu en Chine il y a plus de 3000 ans, ce qui en fait le plus ancien système d’écriture encore utilisé dans le monde. Du XVème au Xème siècle avant JC, il s’agissait alors d’une écriture « ossécaille » ; les caractères étaient gravés sur des os d’animaux et sur les carapaces de tortues. On voit que les caractères de cette époque s’apparentaient plus à des dessins, on pouvait donc dire qu’il s’agissait là d’idéogrammes.

Sauf que les images sont sujettes à interprétation et que n’importe quel piètre dessinateur peut dessiner un poisson, et tout le monde comprendra qu’il s’agit d’un poisson, mais comment alors dessiner, et faire la distinction entre un flet, une daurade ou un saumon ? De plus, il pouvait exister pour un même caractère des dizaines de variantes. Cette méthode a ses limites et ce système d’écriture a donc dû évoluer, il s’est simplifié et normé au fil de l’Histoire, de manière synchrone avec l’évolution des techniques d’écriture.

On remarque que c’est pendant la dynastie des Han (206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C) que les sinogrammes prennent la forme de ce à quoi ils ressemblent aujourd’hui. C’est de là que vient le terme kanji ou « hànzì » en chinois (漢字 « caractère de la dynastie des Han » en japonais)
Les kanji japonais ont été formés selon 4 procédés :
- Les pictogrammes : caractères obtenus par imitation de la forme d’une chose, comme vus ci-dessus 山 yama (montagne), 鳥 tori (oiseau), mais aussi 人 hito (personne) ou 木 ki (arbre)
- Les idéogrammes simples, aussi appelés indicateurs, expriment un concept abstrait par un dessin ou un signe comme 下 shita (en dessous) ou 三 san (le chiffre trois)
- Les composés sémantiques : combinaison de pictogrammes ou d’idéogramme simples formant un sens nouveau comme 林 hayashi « bois » (répétition du pictogramme de l’arbre) ou 信 « croire » (clé de l’homme + kanji de la parole)
- Les idéo-phonogrammes : combinaison d’une partie sémantique (pictogramme ou idéogramme simple) et d’une partie phonétique apportant la prononciation pour exprimer un nouveau sens. On estime que plus de 70% des kanji ont été formés de cette manière. Les exemples sont donc nombreux : la combinaison de la clé sémantique 金 (argent) et du kanji 同 se prononçant dô donne naissance au kanji 銅 dô signifiant « cuivre ».
Le terme idéogramme n’est donc pas adapté puisqu’il exclut dans sa terminologie la majorité des kanji. Le seul terme valable pour qualifier les kanji, c’est « sinogramme » (« caractères chinois »), ou juste « kanji », après tout, il faut appeler un chat un chat !



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