Les lectures des kanji

Quelles différences entre lecture kun et lecture on ?

Après avoir abordé la question de savoir si les kanji sont des idéogrammes ou non, intéressons nous maintenant au processus d’intégration des kanji dans la langue japonaise et à leurs lectures. Quelles sont les différences entre ces deux lectures et dans quel cas utiliser l’une ou l’autre ?

L’importation des sinogrammes au Japon

Faisons d’abord un point historique : on estime que les kanji ont été introduits au Japon vers la fin du IVème siècle, en même temps que la religion bouddhiste, par des missionnaires coréens transportant des textes religieux. Or comme je vous l’expliquais dans cet article, les sinogrammes constituent un système d’écriture apparu en Chine au XVème siècle avant JC. Au moment où les sinogrammes ont été introduits au Japon, ils avaient donc 2000 ans d’histoire et d’évolution ; il s’agissait d’un système d’écriture mature.

En Chine, chaque kanji possède à la fois une valeur sémantique et une valeur phonétique. On pourrait alors se dire qu’il suffit de changer la prononciation chinoise de chaque caractère pour y mettre à sa place la prononciation japonaise, tout en gardant la valeur sémantique du caractère, afin de construire le système d’écriture japonais. C’est en partie ce qui a été entrepris mais les japonais se sont heurtés à plusieurs obstacles, dont un majeur : le chinois et le japonais sont deux langues distinctes, non seulement de par leur structure grammaticale (« Sujet + verbe + complément » pour le chinois alors qu’en japonais c’est « Sujet + complément + verbe ») mais aussi de par leur phonétique (le chinois est une langue monosyllabique), tant est si bien qu’il a pu s’avérer difficile, voire impossible, de trouver des correspondances (trouver un mot japonais qui puisse correspondre exactement au sens chinois d’un caractère importé ou trouver un caractère chinois dont le sens puisse correspondre exactement à un mot japonais).

La lecture de son

Les japonais ont d’abord procédé par imitation en essayant autant que possible de conserver la prononciation chinoise, ce qui explique entre autre pourquoi l’importation des sinogrammes a été très rapide au Japon. Puis ils auraient associé un son à chaque kanji, ce qu’on appelle aujourd’hui « lecture phonétique » ou « lecture sino-japonaise » (⾳読み onyomi, ⾳on = « son » et 読み yomi = « lecture »). Cette lecture directement issue du chinois a évolué au fil du temps en se japonisant. Par exemple, le kanji 山 se prononçait « sen » en chinois et a vu sa prononciation se transformer pour « san » soit par adaptation à la phonétique japonaise, soit par déformation. De plus, la perte des tons du chinois (la syllabe « sen » pour reprendre l’exemple précédent pouvait être prononcé avec 4 tons différents en chinois ce qui pouvait donner 4 interprétations différentes) a donné naissance à beaucoup d’homophones en japonais : la lecture kyôkai correspond à la fois au mot 教会 (église), 協会 (association) et 境界 (limite, frontière). Dans les dictionnaires, cette lecture sera orthographiée soit en rômaji (en majuscules), soit en katakana.

La lecture de sens

Peu de temps après avoir associé une valeur purement phonétique à chaque kanji (onyomi), l’idée a été d’associer les sinogrammes aux mots japonais déjà en usage afin d’assurer la diffusion de ces caractères chinois. On a alors attaché une « lecture sémantique » ou « lecture japonaise » (訓読み kunyomi, 訓kun = « sens » et 読みyomi = « lecture ») aux kanji, lecture correspondant aux mots japonais natifs (n’existant donc pas dans la langue chinoise). Certains caractères sont toutefois restés orphelins d’une lecture kun et n’ont qu’une lecture on (午 go, midi ou 地 chi, terre, 週 shû, semaine). Le terme 訓 kun désignait en Chine les annotations précisant le sens d’un caractère dans un texte. Dans les dictionnaires, cette lecture sera orthographiée soit en rômaji (en minuscules), soit en hiragana.

Cependant les relations entre un caractère chinois et une lecture kun peuvent être complexes et l’on peut rencontrer les cas de figure suivants :

  • Plusieurs lectures kun pour un même caractère : 生 peut se lire nama (« cru »), umareru (« naître), ikiru (« vivre »), haeru (« pousser »), etc.
  • Plusieurs caractères pour une même lecture kun : hakaru (« mesurer ») peut s’écrire 図る、測る、計る、量る, toru (« prendre ») peut s’écrire 取る、撮る、採る,捕る avec cependant des nuances sémantiques entre chaque caractère. Ce dernier point amène certains à adopter stratégie d’évitement consistant à orthographier les caractères en hiragana.

Règles de lecture

La règle générale veut que les caractères associés avec d‘autres caractères se prononcent en lecture ON puisque les kango (mots d’emprunt au chinois) sont nombreux dans cette catégorie (ex : 安心 anshin, 生活 seikatsu, etc). Mais il n’existe pas de règle absolue et il arrive qu’un mot composés de 2 caractères ne se lise qu’en lectures kun (c’est souvent le cas pour les noms propres ou pour d’autres mots comme 花見 hanami, 秋雨 akisame ou 空手 karate, etc) ou que les lectures ON et kun soient combinées au sein d’un même mot. Suivant l’ordre, on distingue 2 cas de figures :

  • Le type kun-on dit yutô yomi : 親分おや+ブン (oyabun « boss, patriarche d’un clan de yakuza»), 水気みず+ケ (mizuke « humidité »), etc.
  • Le type on-kun dit jûbako yomi : 仕方シ+かた (shikata “méthode, manière”), 地主ジ+ ぬし (jinushi, « propriétaire terrien »), etc.

C’est tout pour cet article, merci d’avoir lu jusque là, en espérant que cela vous sera instructif !

2 réponses sur “Les lectures des kanji”

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