les régulateurs de discours
Les régulateurs de discours (相槌 aizuchi en japonais) sont des mots ou de courtes phrases servant à marquer comment un locuteur se situe par rapport à ce que son interlocuteur lui dit. Ces interjections rythment le dialogue et sont presque systématiquement employées au cours d’une conversation. Pour rendre votre expression japonaise plus naturelle, il est essentiel de les connaître, les comprendre et de savoir les employer soi-même.
Origine du terme 相槌
Le kanji 相 signifie « réciprocité », il s’emploie avec des mots ayant un lien avec l’idée de quelque chose de mutuel (相手 aite partenaire, adversaire ou 相談 sôdan consultation, conseil, discussion) et le kanji 槌 signifie « marteau, maillet ». Ce terme fait référence au monde de la forge : il désigne l’échange sonore qui a lieu entre un forgeron et un apprenti. Comme une métaphore de cet exercice de forge, les interjections servent à marquer notre présence et assurer à notre interlocuteur qu’il est écouté.

Les interjections
- L’approbation

Dire oui (souvent accompagnées de hochements de tête) : はい (hai) assez formel, うん (un) ou ええ (ee) pour être moins formel. On peut aussi entendre うんうん (unun) pour « oui, oui »
NB : parfois ces interjections servent plus à montrer que l’on a entendu les propos de notre interlocuteur que montrer que l’on est réellement d’accord avec lui. Attention donc quand quelqu’un nous répond « うん » (un), cela ne signifie pas nécessairement qu’il approuve entièrement ce qu’on lui dit, cela peut juste signifier qu’il vous écoute.
Dire que l’on a compris : 了解 (ryôkai) pour « c’est compris » ou 分かった (wakatta) pour « j’ai compris/c’est d’accord »
Pour confirmer, montrer qu’on est d’accord : そうです (sôdesu) pour confirmer (« c’est cela »)そうですね (sôdesune) pour « tout à fait/en effet/n’est-ce pas ? » et そうなんだ!(sônanda) pour s’exclamer « Ah bon ! »
Montrer de l’empathie : へええ (hê) avec une intonation montante pour exprimer « ah oui? » et signifier qu’on est content pour notre interlocuteur (« ah oui ? Chouette ! »)、いいなぁ (înâ) pour « c’est bien/c’est tant mieux », 困ったね (komatta ne) pour dire « c’est embêtant ça/c’est gênant » et montrer qu’on compatit, よかった (yokatta) pour « c’est bien/tant mieux » avec un peu de soulagement.
- L’apostrophe
Ces interjections vont s’employer pour interpeller l’interlocuteur ou pour attirer son attention : おい ♂ (oi) pour interpeller de façon arrogante quelqu’un ou おおい ♂ (ooi) pour interpeller quelqu’un qui se trouve éloigné (« ho hé ! »), これ (kore) ♀ et こら (kora) ♂ pour interpeller quelqu’un avec colère (« Hé ! Holà ! »), それ (sore) ♀ et そら (sora) ♂ pour attirer l’attention de quelqu’un (« Là ! Tiens! »), ねえ (nee) ♀ et なあ (naa) ♂ pour attirer de façon plus familière l’attention de quelqu’un (« Écoute « ). さあ (saa) est utilisé pour inviter de façon pressante quelqu’un à faire quelque chose, on le trouve aussi parfois doublé (さあさあ sâsâ)
よう (yoo) pour saluer quelqu’un ou encore もしもし (moshimoshi) utilisé au téléphone lorsqu’on entre en communication avec quelqu’un font aussi partis de ces interjections d’apostrophe.
- L’hésitation
Dire « euuh » ええと (êto) ou あのう (anô). えっと (etto) marque aussi l’hésitation mais avec un peu de surprise (euh !).
Hésiter, ne pas être sûr : さああ (sâ) pour « allez savoir/qui sait ? », じゃあ pour « alors, dans ce cas… » qui invite l’interlocuteur à reprendre la parole

- La surprise
Comprendre, saisir quelque chose : あっ lorsqu’on se rappelle quelque chose, そっか (sokka) et なるほど (naruhodo) pour « ah, je vois ! » ou やっぱり (yappari) et さすがです (sasugadesu) pour « je m’en doutais !/Je le savais ! »

Marquer un léger doute, être intrigué : あら (ara) pour « tiens ! » employé par les femmes et あれ (are) employé par les hommes, えええ (ê) pour une surprise plus marquée « ah bon ? Vraiment ? », ふーん (fûn) pour montrer qu’on est intrigué, une marque de réflexion (« hummmm »), そうですか (sôdesuka) pour « ah oui, vraiment ? » ou そうなんですか/そうなの (sônandesuka/sônano) pour « Ah oui ?/Ah bon ? »

Remettre en question la véracité des propos de son interlocuteur : マジで (majide) et 本当 (hontô) signifient respectivement « sérieusement ?! » et « vraiment ?! » . On a aussi そうかな (sôkana) pour « ah bon… ? », 信じられない (shinjirarenai) signifiant « je n’y crois pas »/ »je n’arrive pas à y croire », 冗談/うそでしょ (jôdan/uso desho) pour « c’est une blague/un mensonge, n’est-ce pas ? » ou ありえない (arienai) « ce n’est pas possible ».
- La désapprobation
On exprimera rarement la désapprobation de manière franche et directe. On peut douter des propos tenus par notre interlocuteur (voire les interjections pour la surprise) mais lorsqu’on désapprouve fortement ce qu’on nous dit, il est préférable de ne rien dire plutôt que de s’opposer frontalement.
On peut cependant utiliser le mots いや (iya) pour s’opposer lorsque par exemple, un ami nous force la main pour faire quelque chose qu’on ne veut pas faire (いやだ iyada, « pas question ! »), lorsqu’on ne veut pas que quelqu’un fasse quelque chose (いやいやいや iyaiyaiya, « non, non, non ! ») lorsqu’on est gêné (嫌だあああ iya dâ, « noooon ! »), lorsqu’on ne veut plus faire quelque chose (もういやだ mô iya da, « c’est bon, j’en ai marre, j’en ai assez ! ») mais on ne peut l’utiliser qu’avec des personnes proches (amis, famille, etc).

Résumé
Les interjections ne sont pas une exception japonaise mais la structure de la langue japonaise, étant fortement dépendante du contexte d’élocution et étant ponctuée de pauses, donne un rôle déterminant à ces dernières. En général, lorsqu’on parle, on ponctue notre discours de courtes pauses (toujours après une particule, sauf pour la particule の) et c’est à ce moment qu’on peut sortir une courte interjection.
Une conversation qui ne serait pas ponctuée de ces interjections peut amener notre interlocuteur à penser soit qu’on ne l’écoute pas, soit qu’on n’est pas d’accord avec ce qu’il dit, soit, plus simplement, qu’on ne comprend rien à ce qu’il nous dit… Cependant leur utilisation met en relief une grande différence culturelle : les utiliser peut nous faire penser qu’on coupe la parole au locuteur et lorsque notre interlocuteur les utilise alors qu’on est en train de parler, cela peut nous donner l’impression qu’il a envie qu’on accélère et qu’on finisse de parler au plus vite. Du coup on peut être hésitant à les utiliser car cela peut paraître impoli pour nous, mais en japonais ça ne sera pas perçu du tout de la même manière, bien au contraire.
Parfois, à la fin d’une phrase, notre interlocuteur répète en partie ce que l’on vient de dire sous forme de question; ce n’est en général pas parce qu’il n’a pas compris mais il s’agit plutôt de nous inviter à reprendre la parole, à développer nos idées et/ou à rebondir sur l’élément qu’il a relevé de notre discours.
Enfin, ces interjections sont souvent accompagnées de gestes (voir mon article sur le langage corporel).



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