Revue de « susume ! »
Susume est présentée comme une méthode d’apprentissage en autodidacte et est destinée aux débutants et faux-débutants. Elle va jusqu’à un niveau A2-B1 (intermédiaire) et se présente de manière progressive (on suit l’ordre des chapitres pour progresser). Elle comprend des explications sur les bases de l’écriture et de la lecture, 7 leçons détaillées permettant d’étudier la grammaire, du vocabulaire adapté à la conversation de tous les jours, des exercices avec leurs corrigés et des fichiers audio à télécharger pour perfectionner sa prononciation.
Présentation
Les textes sont aérés, les illustrations très mignonnes. Les rabats sont utilisés de manière très intelligente avec des mémos des kana et un mémo des kanji étudiés sur le dos de la couverture. Dans l’introduction (qui fait l’objet de tout le chapitre 1 en fait), les règles de prononciation sont bien précisées et illustrés par des mots en français, les différentes méthodes pour apprendre les kanji sont très bien présentées.

Concernant les kanji, même si les règles de tracé ne sont pas abordées, le sens et l’ordre des traits sont bien annotés pour chaque caractère (certaines erreurs font l’objet d’un erratum sur le site dédié) et la technique de mémoriser les différentes lectures (particulièrement pour la lecture de son ONyomi) par l’apprentissage de vocabulaire est, je trouve, très pertinente. Les clés ne sont pas précisées pour chaque kanji mais l’auteure les définit en chapitre 1 et en dresse une liste plus complète et triée par nombre de traits sur le site dédié.
Structure et contenu
Divisé en 7 chapitres thématiques, chaque chapitre se présente ainsi : un texte à étudier avec sa traduction et le vocabulaire utilisé, des explications grammaticales illustrées d’exemples, des exercices avec leurs corrigés, les kanji à apprendre et les phrases exemples pour assimiler les kanji.


La méthode nous propose, avec les fichiers audios, de répéter à voix haute des phrases pour entraîner sa prononciation. Il s’agit de « shadowing », méthode par l’imitation éprouvée et efficace mais qui a ses limites dans le cadre d’un apprentissage en autodidacte puisque l’apprenant ne peut être corrigé (sauf par lui-même s’il enregistre et réécoute sa voix). On nous propose, pour le texte en début de chapitre, une version lente et une version rapide. Alors je vais être un peu tatillonne mais on aurait aimé un entre-deux : la version lente est très lente, presque robotique et pas très naturelle du coup alors que la version rapide fait plus « naturelle » car on ressent plus d’émotions du locuteur mais le débit est plus rapide que le débit naturel. Mais on apprécie que les fichiers audio soient disponibles gratuitement sur le site dédié, déjà triés et déjà renommés pour qu’on puisse s’y retrouver très facilement =)
Le vocabulaire n’est pas mis en index à la fin de l’ouvrage, il est précisé pour chaque exercice et cela nous évite donc de devoir chercher les mots, cela rend l’apprentissage du vocabulaire plus « digeste ». Les exercices se concentrent non seulement sur les points de grammaire abordés mais aussi sur le vocabulaire, ils sont très variés dans leurs formes.

Choix discutables
- L’ordre dans lequel on nous propose d’apprendre les kanji peut être discuté. Les 135 kanji du JLPT 5 sont quasiment tous présents (il manque curieusement 本 et 男) avec quelques-uns du JLPT 4 et même du JLPT 3. Des kanji peu complexes et usuels (JLPT 5) se trouvent être après d’autres plus complexes et pourtant moins usuels (JLPT 3) : 彼 avant 前, 苦, 達 et 族 (chapitres 5 et 6, JLPT3) avant 手 ou 国 (chapitre 7, JLPT 5). Il aurait été peut être plus judicieux, pour faciliter leur assimilation, de les grouper par thème ou antonymes (前 chapitre 7 avec 後 chapitre 4, 多 chapitre 5 avec 少 chapitre 3 ou mettre 族 avec les kanji de la famille en chapitre 3)
- Les phrases d’exemples contiennent parfois des notions grammaticales qui n’ont pas encore été abordées, voire qui ne le sont pas du tout (utilisation de la forme potentielle et du verbe すぎる en page 108).
- Absence d’exercices pour l’assimilation des kanji : ne nous sont proposées que les phrases exemples avec leurs versions audio.

Quelques erreurs
- Sur l’utilisation de mots : お父さん à la place de 父 (page 98) car le locuteur parle de son propre père, est écrit page 127 concernant les adjectifs finissant par い mais étant des adjectifs en な “il n’y a aucun moyen de les distinguer” maise en réalité le い final dans 有名 ou 綺麗 fait parti de la lecture du kanji et donc de sa partie invariable (exception pour 嫌いpourtant adjectif en な), la différence entre 朝 et 午前 abordée en page 164 ne se situe pas seulement dans le style de discours mais il s’agit aussi d’une différence sémantique : 午前 est employé pour l’amplitude de minuit à midi alors que 朝 est employé pour le matin, à partir du moment où on se lève jusqu’à midi. Le 間 est facultatif derrière certaines expressions de durée, notamment pour les mois (page 171).
- Sur les verbes : il est écrit que les verbes ichidan à la forme polie ont forcément un son en “é” devant ます mais pas tous (見ます “voir”, 借ります “emprunter” ou 起きます “se réveiller” sont tous des ichidan). Le fait d’appeler la forme neutre la forme “dictionnaire” (page 155) est restrictif et peut induire en erreur : la forme dictionnaire n’est qu’une des trois formes constituant la forme neutre, en l’occurence la forme présent affirmatif. La forme neutre est aussi constituée de la forme passée た et la forme négative ない. Les formes なくてもいいです (page 251) et なければなりません (page 283) sont expliquées de manière trop succintes puisqu’il ne s’agit pas de rajouter なく au verbe, il faut d’abord transformer le verbe à la forme négative neutre ない.
- Sur les particules : lorsqu’on inverse la structure N1にN2があります/います, on aura plus souvent Nは (et non が) N2にあります/います car le point de vue est different, 京都で au lieu de 京都を (page 130, exercice 1, phrase 9) car suivi d’un verbe de déplacement “se promener”, page 165 on ne met pas la particule に derrière ごろ. La différence entre les particules に et で lorsqu’elles sont suivies de verbes d’action (page 176) n’est pas abordée.
- Sur la prononciation : pour les “exceptions” phonétiques avec les compteurs (page 114), il ne s’agit en réalité pas d’exceptions mais d’altérations phonétiques dûes à la lecture des kanji (ici un voisement séquentiel, phénomène très productif sur les chiffres, notamment le 1, 6, 8 et 10) et pour les jours du mois (page 169), il ne s’agit pas non plus d’exceptions mais de la lecture de sens kunyomi des chiffres.
Les avantages comparatifs
- Les furigana sur les kanji déjà étudiées précédemment sont supprimés au fil des leçons, la plupart des méthodes n’incluent pas l’assimilation des kanji ; c’est donc là un avantage comparatif non négligeable !
- Sont abordés dans le chapitre 1 des éléments rarement abordés dans d’autres manuels comme les combinaisons supplémentaires en katakana pour la retranscription des mots d’origine étrangère (フェ, ファ, etc), les différentes typographies pour un même caractère, etc.
- Des explications grammaticales parfois très détaillées et appréciées (les différents pronoms personnels, la différence entre とくい et にがて d’un côté et 上手 et 下手de l’autre, entre こと et の pour la nominalisation, entre les particules へ et に, entre が et を, l’utilisation plus commune de じゃないです au lieu du じゃありません qu’on trouve dans les autres méthodes, etc)
- Les rubriques “à noter” sont très intéressantes car elles apportent des précisions linguistiques et des informations culturelles sur l’utilisation des mots.
- Les annexes très fournies, riches en informations afin d’approfondir son vocabulaire grâce aux fiches thématiques.
- Le contenu additionnel libre d’accès sur le site dédié (clés des kanji, verbes transitifs, intransitifs, des pages d’écriture pour s’entraîner, etc)

« Petite » parenthèse : J’ai été surpris que « la plupart des étudiants apprennent leurs hiragana en une semaine » et « je sais que certains d’entre vous trouveront ça trop long. » (sic, page 15). Si vous êtes capables d’apprendre vos hiragana en une semaine, félicitations à vous ! Même à l’université, en licence de japonais, alors qu’on étudiait la langue à temps plein, les professeurs nous ont laissé un mois pour apprendre hiragana et katakana. En moyenne, mes élèves, qui ont un travail ou sont à l’école à côté, prennent 2 mois pour apprendre les hiragana, plus 2 autres mois pour les katakana. Alors pour éviter les complexes et les démotivations, mon conseil : allez-y à votre rythme, chacun est différent 😉
Avis global
Même s’il s’agit d’une méthode présentant des avantages indiscutables, selon moi, cette méthode n’est pas tout à fait complète pour le moment, notamment de par l’absence d’exercices de compréhension orale. On regrette certains choix discutables, même des erreurs problématiques (sur les verbes ichidan et la forme ない notamment) mais on apprécie le côté plus attractif qui se détache de l’austérité de certaines méthodes + « tradi ». Il s’agit plutôt selon moi d’une méthode destinée aux faux-débutants ou aux personnes souhaitant reprendre seuls l’apprentissage du japonais et des kanji.
Plus d’infos sur le site de l’éditeur ici


